Paul Rousteau fait un usage de la photographie qu’un historien de l’art pourrait aisément qualifier d’impure. Expliquons-nous : il ne capture pas des informations purement objectives mais explore, sans en avoir l’air, les différents ressorts de l’image photographique. De fait, ses photographies ressemblent à première vue à des peintures abstraites car l’artiste fait de son appareil un médium de révélation plus que de reproduction du réel. Insatisfait à l’idée de représenter la réalité telle que notre œil pourrait le faire, l’expérimentateur triture ses optiques ou installe des dispositifs réflechissants en amont de la prise de vue et retravaille ses épreuves photographiques en aval pour nous déposséder de notre vision habituelle. Si on croise des éléments familiers dans ses photographies (monde animal, végétal et corps humains) c’est toujours avec une perspective modifiée qu’on les redécouvre (de dos, comme nature morte, applat coloré ou humanoïdes…) de telle sorte que la photographie a ici la vertu de rendre visible l’invisible. Cette fonction de l’art empruntée à un pionier de l’abstraction, Paul Klee, affilie la démarche de Paul Rousteau à l’Histoire de l’art Moderne. Enfin, de quel invisible opère-t-il le dévoilement ? Le Beau, Dieu ou seulement l’inaperçu,le mystère reste entier, à nous de choisir. Du reste, permettons-nous de qualifier plutôt sa photographie d’idéaliste car sa réalisation est motivée par la quête (a priori inatteignable) d’un horizon parfait. Par ailleurs, son travail puise également dans l’esthétique des Impressionnistes dont la recherche, plus pragmatique, était d’observer les effets optiques des variations de la lumière. Accordant une place toute particulière à Monet, l’artiste arpente son jardin de Giverny depuis près de trois ans muni de son appareil photo et semble y poursuivre les interprétations chromatiques du peintre. La réinterprétation de ce lieu touristique n’en reste pas à remplacer l’oeil par la caméra de l’artiste, ni simplement à faire dialoguer photographie et peinture. Paul Rousteau s’intéresse également à la façon dont ce lieu est parcouru et perçu par d’autres. Multipliant les pespectives, il nous présente une nature en pleine hallucination où les jets colorés d’une flore déformée cotoie une faune d’appareils photos et de spectateurs diffractés.

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